On m’interroge souvent pour savoir si le SEL Projets souffre de la crise. Les gens donnent-ils moins ? Revoyons-nous nos budgets à la baisse ? Si ces questions sont légitimes, elles ne doivent pas nous faire oublier que si la crise nous atteint de plein fouet, elle frappe bien plus durement les pays pauvres. Ne devrait-elle donc pas au contraire renforcer notre solidarité ?

Au SEL Projets nous établissons nos budgets en fonction de notre foi, de nos convictions, et des combats que nous désirons mener. Notre engagement naît sincèrement d’une réalité que nous jugeons inacceptable. Et aujourd’hui, ce qui nous interpelle à propos de la crise qui s’abat chez nous, c’est son effet sur la vie quotidienne des populations pauvres. Elles sont en effet de plus en plus nombreuses à devoir faire face à une lutte continuelle et oppressante pour survivre. Pour donner un exemple, le dernier chiffre à faire parler de lui récemment, c’est le cap historique du milliard de personnes souffrant de la faim dans le monde qui a été franchi en 2009, soit un sixième de la planète. En 2002, ce chiffre s’élevait à 815 millions et malgré la volonté de tous les chefs d’États de réduire de moitié ce chiffre honteux d'ici 2015, la pauvreté n’a cessé d’augmenter.

Cette crise devrait donc, me semble-t-il, renforcer notre attention à l’égard de ceux qui en font le plus les frais. Ici comme là-bas. Si cette crise ne provoque qu’un repli sur nous-mêmes, alors elle ne nous aura rien apporté. Mais inversement, elle peut devenir une occasion de modifier notre rapport au monde. Ne dévoile-t-elle pas un peu notre fragilité ? C’est peut-être ce qui nous effraye le plus : nous sentir vulnérable, ne plus être à l’abri. Et c’est tout à fait compréhensible. Mais je suis convaincu qu’il faut résister à la tentation de fermer les yeux sur le monde et de nous retrancher derrière une sécurité à préserver à tout prix.

« Qu’allons nous faire du temps qu’il nous reste ?»
Cette petite phrase tirée du film « Le Seigneur des anneaux » m’a toujours fort interpellé. Cette autre phrase tirée, elle, d’un livre d’Eric-Emmanuel Schmitt y répond un peu en écho : « La mort nous apprend une chose, il est urgent d’Aimer ». Trop souvent notre attention est détournée de ce qui fait réellement l’essentiel de la Vie. Nous nous engourdissons et nous courons le risque de passer à côté de nos vrais rendez-vous existentiels. Pour rester éveillés, peut-être faudrait-il que nous retrouvions une certaine simplicité de vie, que nous résistions à cette surconsommation ambiante qui, au bout du compte, nous appauvrit sur le plan humain. .
Si notre monde occidental crée trop d’insignifiance, le SEL Projets, en revanche, désire en créer avec les dons qu’il reçoit. L’argent que le SEL Projets récolte est en effet investi dans des projets qui génèrent de la vie et du changement, encouragent la responsabilité et œuvrent à ce que soit restaurée la vocation des plus vulnérables et plus spécifiquement des enfants. Notre « vocation » … voilà à nouveau un bien beau mot malheureusement oublié. Quelle est-elle ? N’est-elle pas de rayonner ? Ne sommes-nous pas nés pour devenir lumineux, pour refléter la Joie éternelle, l’Amour divin ? En somme, pour dévoiler par nos vies toute la beauté de Dieu. Alors quand un enfant perd le sourire, nous avons à nous battre pour qu’il vienne à nouveau éclairer son visage. La vraie plénitude humaine est peut-être là, dans cet engagement.

Merci encore pour votre générosité. Vous êtes si nombreux à l’avoir exercée au cours de l’année 2008-2009. Merci de l’exercer encore demain. Que chacun donne selon ce qu’il estime juste en fonction de ses possibilités, sans pression. Merci à vous tous qui vous engagez à nos côtés pour rendre aux plus démunis un peu de dignité, d’espoir et de lumière.


Luc Torrini

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